Flowers for a ghost - Thriving Ivory
<< See my head aches from all this thinkin'
Feels like a ship God, God knows I'm sinkin'
Wonder what you do and where it is you stay
These questions like a whirlwind, they carry me away >> « Alors, je te quitte. Ironique, bête, stupide. Ridicule même, vu que c'est toi qui est parti. Mais voilà, je te quitte. J'arrête de t'aimer, parce que ça me fait trop mal. Et j'en ai marre de souffrir, bien que ce soit la seule chose que je sois capable de faire bien. Enfin, t'aimer, aussi, je savais le faire. Hein, je savais le faire ? Quand je relève la tête et que je vois cette photo. Celle que tu aimais tant, je me dis qu'il est temps de passer à autre chose. D'aller de l'avant, comme ils disent tous. Qu'est-ce qu'ils m'emmerdent avec ça, d'ailleurs.
Toi tu saurais me comprendre. T'as toujours été le seul à me comprendre. Et je m'en foutais des autres, parce que tu me promettais que tu serais toujours là. Et pire, je te croyais. Quelle cruche, quand on y pense.
Bref, revenons-en au fait. Daniel, je ne t'aimerais plus. Plus jamais. Je ne te le promets pas, parce que moi, je tiens mes promesses. Mais, vraiment, je ne t'aimerais plus.
Elina. »
Les mains encore tremblantes, il enfouit la vieille lettre déchirée dans sa poche. Il tenta d'ignorer les grognements de son c½ur et releva la tête vers le volant. Derrière le pare-brise de sa Mustang, se dressait la maison de son enfance. Jaune pâle, elle se tenait sur de vieilles colonnes centenaires qui semblaient sur le point de se rompre. Daniel ne comprenait pas comment la vieille baraque avait pu tenir aussi longtemps. Bientôt, il sortit de la voiture et se teint un moment debout devant la barrière du jardin. Rien n'avait changé, finalement.
La porte de l'entrée s'ouvrit sur un vieil homme accroché à une canne. Daniel le regarda en silence un moment, avant de se précipiter à sa rencontre.
« Daniel, tu n'as pas changé, fiston. » Dit-il d'une voix rauque.
Son père avait vieillit, en revanche. Le jeune homme eut du mal à retrouver dans le visage de son interlocuteur les traits de celui qui l'avait élevé. Il avait à présent au fond des yeux, cet air las et fatigué que Daniel avait toujours redouté. Le même que sa mère avait avant de partir.
Il suivit l'homme à l'intérieur, redécouvrit tout ce qui lui avait tant manqué pendant ces années d'absence. Les photos, la vaisselle en porcelaine, les tableaux, le vieux papier peint. Il monta l'escalier de bois et arriva bientôt dans son ancienne chambre. Tout y était intact. Rien n'avait bougé depuis son départ. Des photos d'elle, partout. Des photos d'eux. Quelques-unes de son père. Une photo où Daniel mangeait des burgers en rigolant avec Ian, son meilleur ami. Ces souvenirs semblaient si lointains. Comme une autre vie. Il laissa tomber son sac sur son vieux lit d'adolescent. La housse de couette était toujours la même. Quadrillée, bleu marine et blanche. Il leva la tête et réalisa alors que les volets étaient fermés et la pièce plongée dans une totale obscurité. Il se hâta de les ouvrir et laissa les fenêtres ouvertes. La chambre semblait à présent plus belle, plus grande. Il arrivait presque à retrouver l'odeur de leurs baisers. Ils s'étaient aimés tellement forts, ici. Tellement fort.
Il descendit les escaliers à grands pas. D'un coup, il n'était plus sûr que revenir était une bonne idée, en fin de compte. Il avait trop de souvenirs douloureux ici. Douloureux, par sa faute. Elle avait raison, c'était lui qui était parti le premier.
Il se rua vers la porte. Vite, de l'air. Il avait tenté d'oublier pendant cinq ans. De l'oublier, elle. Et là, tout était trop présent, brûlant, vivant. Son c½ur était soudain à nouveau en sang. En sang de l'aimer trop, de l'avoir aimée mal. De l'avoir laissée toute seule. Il murmura des mots inaudibles à son père. Il sortait. Voilà. A plus tard. Il court, le garçon, il court. Jusqu'à plus de souffle. Jusqu'à la vie. Encore. Encore. Jusqu'à la vie. Les balançoires, le tobogan, l'herbe mal coupée. Tout était là.
Tout était là, unique. Terrible. Comme si le temps s'était arrêté pendant ces quelques années. Comme si rien n'avait changé.
Mais, bien sûr, tout avait changé. Parce qu'elle était tout et qu'elle n'était plus là. Et que c'était de sa faute à lui, d'ailleurs. Si elle n'était plus là. Mais elle n'était plus là, et tout semblait terriblement faux, sans elle. Sans son sourire, ses yeux rieurs et sa grâce enfantine.
*
Daniel ouvrit le tiroir de sa table de nuit. Il fouilla quelques temps avant de trouver la photo qu'il cherchait. Deux enfants d'à peine quatre ou cinq ans s'y trouvaient. Assis sur un vieux banc dont la peinture s'écaillait. La main dans la main.
Il se leva difficilement de son lit sur lequel il était assis. La fenêtre, vite. Un peu d'air. La nuit était tombée depuis plusieurs heures à présent. Instinctivement, il regarda vers sa maison à elle. Sa fenêtre à elle. Bien sûr, elle n'était pas là. Il n'était même pas sûr que ses parents vivent encore là. Autrefois, ils auraient passé des heures à se faire des signes par la fenêtre. Jusqu'à ce que l'un des deux rejoigne l'autre. Ouais. Ils étaient heureux, ces cons. Daniel se demandait parfois si ça n'avait pas été un rêve. Et ça l'avait été, d'une certaine manière. Soudain, des crissements de pneus, des phares trop forts. Des rires. Et la porte d'une superbe décapotable qui s'ouvre sur une silhouette que Daniel reconnaîtrait entre mille. Vite, il rentre la tête et se laisse tomber sur sa vieille couette. Alors, elle est encore là. Elle vit encore là. Dans cette rue qui les a vu grandir, qui les a vu s'aimer. Elina.
llllJ'admets que je n'ai rien de Barjavel ou Nicolas Sparks. Ni de Salinger, ou Stendhal.
Je ne sais pas écrire comme Zola, Maupassant ou Céline.
Mais j'aime écrire. Et ce qui importe. C'est ce qui m'importe, du moins.
Vos impressions sont les bienvenues.
Et merci d'avoir lu, vraiment.
Ah oui, et l'image est d'elle. Merci encore.